Looking for Catalunya #3 : « On m’appelle la boussole à cannabis »

Victor a 22 ans. Il a quitté le lycée et la France après son bac. Après des passages à Londres, Berlin et le Portugal,  il a posé sa valise à Barcelone il y a 6 mois. Peu habitué au rythme de 8 ou 9h de travail par jour, il a choisi une autre voie pour gagner sa vie. Si on n’est pas très regardant sur la légalité des jobs et, bien sûr, des risques qui en découlent, la capitale catalane propose de nombreuses opportunités « lucratives ».

Doctor Cash : Salut Victor. Tu mènes de front deux jobs illégaux à Barcelone. Peux-tu expliquer de quoi il en retourne ? Ça n’inclut pas l’arrachage de sac j’espère ?

Victor : (Rires) Non, je ne vole personne. Mes  jobs sont « illégaux » mais ne consistent pas en une arnaque ou un vol. Le premier consiste à vendre des bracelets sur la plage donnant entrée à des boîtes de nuit. Par ailleurs, si des touristes souhaitent toucher de la weed, je les redirige vers une association qui me reverse le prix de l’adhésion en retour. (Cf : Looking for Catalunya #2 la weed presque légale)

Doctor Cash : Prenons ces jobs un par un. En quoi le premier est-il illégal ? On voit tous les jours énormément de personnes qui essayent de vendre des trucs sur la plage.

Victor : Et oui ! Mais c’est prohibé. La mairie veut stopper ce phénomène pour que les touristes soient plus tranquilles. Actuellement, il est interdit de vendre ou même de faire de la pub sur la plage. Les touristes ont beaucoup d’argent à dépenser, c’est donc the place to be pour vendre, alors je prends le risque et advienne que pourra !

Doctor Cash : Dans les faits c’est interdit. Mais il semble que la police est légèrement laxiste puisque le business perdure.

Victor : Non tu te trompes ! Les poulets sont là tous les jours : des civils et des flics en uniformes, Il y en a partout ! Ils mettent des amendes à la chaine, confisquent l’argent et tout objet qui serait en rapport avec ce que tu vends.

Doctor Cash : Tu t’es déjà fait choper ?

Victor : Malheureusement oui  ! La première semaine où je travaillais, je m’étais fait plus de 80€. Quand j’ai tendu mon flyer à un groupe de touristes, un mec m’a sorti sa carte de flic, c’était un civil qui me pistait depuis un quart d’heure. S’en suit un grand classique : petit tour au commissariat puis l’amende qui va avec. 75€ c’est pas la fin du monde, mais je me suis aussi fait taper mon argent de la journée. J’appelle ça du racket…

Doctor Cash : Du coup, prends-tu des dispositions particulières ?

Victor : Je fais clairement plus attention. On sait tous qu’ils sont là, mais on n’a pas les moyens de mettre un mec ou deux sur le bord de la plage pour qu’ils surveillent les policiers. Le meilleur moyen est de se fondre dans la masse et de surveiller les pakis qui vendent des mojitos (rires). Ils ont l’habitude, de véritables sentinelles. Ces hommes sont nombreux et font le guet. Lorsque qu’ils s’assoient, c’est le signal, j’enclenche le mode « alerte rouge » car les poulets en civil se baladent dans le poulailler avec une sacré dalle !

Doctor Cash : Mais les policiers ne te reconnaissent pas ?

Victor : Il faut croire que non, depuis cet incident je suis relativement  tranquille, mais je touche du bois (rires). Eux-mêmes doivent faire des rondes pour qu’on ne les reconnaisse pas trop vite, c’est de bonne guerre.

Doctor Cash : Malgré les amendes et les risques, cela ne te dérange pas?

Victor :  Non pas vraiment, je préfère être sur la plage, rencontrer des touristes et voir du monde plutôt que de me faire chier dans un bureau ou un magasin. En plus je me fais 5€ sur un bracelet que je vends 15€. Ça fait 30% de commission au final, c’est pas mal (rires).

Doctor Cash : Passons à ton deuxième job, pourquoi est il illégal?

Victor : Les associations qui vendent de la beuh sont autorisées à Barcelone, mais tu n’as pas le droit d’en faire la publicité.  Donc mon rôle de « rabatteur » n’est pas bien vu, si tu vois ce que je veux dire (rires).

Doctor Cash : Quels sont les risques encourus?

Victor : C’est plus flou et je t’avouerai que je n’en sais trop rien. Si on remonte jusqu’à moi, je risque gros et mon association aussi. Mais c’est pas vraiment leur problème je pense. Elles font ça pour augmenter leur chiffre. Encore une fois les touristes sont ceux qui ont le pouvoir d’achat le plus intéressant, alors je me concentre sur eux.

Doctor Cash : Tu prends les mêmes précautions que pour les bracelets sur la plage?

Victor : J’en prends beaucoup plus. De toute façon, quand quelqu’un t’aborde pour te demander de la weed, ce n’est jamais en le criant dans la rue. Je m’arrange donc pour l’amener en personne à l’association. Si jamais on se fait contrôler, on prétexte être amis. Une des techniques est de leur faire prendre en photo ma carte. Si je leur en donne une avec mon nom et qu’ils sont contrôlés, je risque de me faire emmerder. Avec cette astuce, je suis plus rassuré.

Doctor Cash : Tu comptes continuer longtemps?

Victor : On verra, après l’été ça va être plus compliqué sans les touristes. J’aviserai à ce moment-là. Le job me plaît : Sea, Sex and Sun n’est pas le pire des concepts, j’adhère donc totalement (rires).

Propos recueillis par Doctor Cash

Crédit de une : vodkaster

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Doctor Cash

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