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Looking for Catalunya #1 « J’ai vendu de la voyance par téléphone à Barcelone »

Doctor Cash s’est installé à Barcelone pour perfectionner son espagnol (sic). Chaque semaine, il vous fera profiter de ses découvertes.

L’étape incontournable pour la plupart des jeunes européens s’installant à Barcelone est de trouver un boulot. La ville aime bien les Français de ce côté-là, mais ne le leur rend pas forcément… Il est par exemple relativement aisé de trouver un job en centre d’appels où la maîtrise de l’espagnol n’est pas requise.

Et Maxime en a fait l’amère expérience. Ce Bordelais de 25 ans, vit à Barcelone depuis deux ans. Pour payer ses factures, il fut très vite séduit par une annonce d’un call center. Ces entreprises pullulent dans la cité catalane en raison d’une fiscalité avantageuse. Et de nombreux Français se retrouvent finalement en Espagne à vendre des séances de voyances à d’autres Français. Question intégration, on peut faire mieux…

Engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient

Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient

Doctor Cash : Maxime, tu as bossé 6 mois dans un call center où tu vendais des séances de voyance Explique-nous en quoi consistait ton travail?

Maxime : Concrètement, on appelait des personnes qui avaient gagné 10 minutes de voyance gratuite sur Internet. La plupart des gens ne comprenaient même pas pourquoi on les contactait. Le but de la manœuvre était de relever leurs numéros de carte bancaire… C’est là où est le vice… Après on pouvait transmettre l’appel aux voyants professionnels ! On vendait 10 minutes gratuites en prétextant que la carte servait a authentifier le compte client. Mais à partir de la onzième minute, un nouveau pigeon rejoignait le Panthéon de l’arnaque. Pour te faire une idée plus précise, la minute supplémentaire oscille entre 3,5 à 9,5€, c’est un peu comme passer 90 minutes sur la pelouse du Nou Camp (le stade de Barcelone), l’addition est douloureuse !

DC : C’était légal?

M : Bien sûr ! Tout est légal, on prévient les gens des tarifs et on leur explique sommairement l’objet de l’appel, la société reste  ainsi transparente aux yeux de la loi. C’est tout ce qui compte pour la direction, mais tu ne peux pas t’empêcher de culpabiliser car la boîte profite de la faiblesse des gens. J’avais l’impression d’être un VRP qui met le pied sur la porte pour vendre ses merdes. Business is business (soupir).. mais il fallait bien vivre.

DC : Quelles sont les astuces pour vendre de la voyance par téléphone ?

M : Comme dans tous les call centers, on nous enseigne des techniques pour garder le client en ligne. Il y a également le fameux script de négociation où tout est rédigé étape par étape. Mais on restait assez libres au niveau de la vente. La description des voyants était plutôt « freestyle ». On brodait sur les quelques infos données par le logiciel. Par contre, point fondamental, nous devions faire comprendre au client qu’on lui avait dégoté la crème de la crème, le meilleur voyant du cabinet; blablabla… C’était pathétique ! Tous ces petits trucs accumulés me donnaient l’impression de mentir 9h par jour !

DC : La direction t’encourageait-elle à prendre les coordonnées bancaires coûte que coûte ?

M : En effet. Une partie du job consistait à recontacter les anciens clients. Certains avouaient être dans une merde noire à cause des voyances payantes. Et là, c’est pareil, tu as la sensation d’être le barman qui offre une tournée à un ancien alcoolique pour qu’il reprenne goût à la bouteille.

L'entreprise compte sur toi Maxime

L’entreprise compte sur toi Maxime

DC : L’entreprise devait brasser pas mal de pognon…

M : Certains clients ont lâché le prix d’un appart’. Je ne peux pas te donner le montant exact, mais les comptes supérieurs à 100 ou 200 000€ étaient relativement fréquents. C’est difficile à croire avec la crise économique qui frappe le pays, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette. Remarque, en tant que voyant, on a omis de leur dire qu’ils allaient connaître les joies de la sodomie.

DC : On imagine souvent, dans les call centers, des managers constamment sur le dos des employés cherchant à gonfler les chiffres contre vents et marées…

M : Les méthodes sont beaucoup plus fourbes. Le mot d’ordre était : « Nous sommes une grande famille ». Alors l’ambiance entre « callers » (le poste le plus bas ndlr) était très bonne, un peu du style : « On galère ensemble ». Cependant les superviseurs essayaient d’être nos potes mais nous allumaient à la première occasion lorsqu’on n’atteignait pas les chiffres. On m’a d’ailleurs forcé à démissionner pour ne pas que je renouvelle mon CDD de 6 mois.

Call Center

Si tu n’es pas content, casse-toi !

DC : Tu parles de harcèlement ?

M : Je n’irai pas jusque là. Vers la fin de mon contrat, le manager me mettait de plus en plus la pression et me prenait la tête pour des trucs bidons… Alors que nous étions proches depuis le début. Et un jour, je suis arrivé énervé, j’ai râlé et il en a profité pour me mettre le coup de grâce en rétorquant : « Si tu n’es pas content, c’est simple, casse-toi ! ». J’ai signé son papier pourri et bye bye.

DC : On a du mal à imaginer la taille d’une telle entreprise. Combien étiez-vous ?

M :  Il y a entre 100 et 200 médiums connectés en permanence. Ils doivent donc en employer 300. Nous n’étions que 15 employés dans le call center de Barcelone. Mais la société en avait d’autres en Tunisie, en France et en Suisse. C’est donc une grosse structure tournée vers l’International et l’arnaque à grande échelle.

DC : Ce fut une mauvaise expérience pour toi, mais pour tenir 6 mois la paie devait suivre, non ?

M : De ce côté-là, les dirigeants étaient quand même réglos, le salaire était honnête sans plus. Je pointais à 1000€ net mais la paie pouvait facilement atteindre les 1200-1300 euros avec les primes. En Espagne, ça reste tout de même très correct. Mais il faut parfois accepter de forcer un peu ses ventes pour le faire, avec toute la morale qui en découle. Je devrais peut-être aller me confesser (rires) !

Propos recueillis par Doctor Cash

Crédit de une : voyance.net

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Doctor Cash

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