Moutons et son : ma vie de berger et DJ en free party

L’art de concilier la garde de 1000 brebis la journée et de faire taper du pied 200 personnes la nuit !

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Cédric a une double passion

Cédric a 25 ans. Il est berger et partage son temps entre le sud de la France l’hiver, et la Savoie l’été, toujours à suivre son troupeau. Pourtant à côté de ce métier prenant, il a une autre passion, la techno, spécialement la Trance. Avec des potes, il a déjà monté plusieurs sounds systems et pose dans le sud.

Tout a commencé autour de 15 ans, gamin introverti, sa famille comptait déjà plusieurs bergers et lui transmet alors la passion des pâturages. Il découvre la techno et surtout le hardcore avec des amis de lycée, et accroche immédiatement avec cette musique où il retrouvait la « puissance du metal mais avec une sensation de légèreté et plus de possibilités. » La bande en écoute de plus en plus, et l’envie de mixer grandit doucement mais sûrement.

DP : Parle-nous un peu de la genèse de ta double passion

Cédric : Je faisais un BEP pour devenir berger. Parallèlement, on commençait à aller en teuf. C’était une véritable mission commando chaque week-end pour sortir, trouver une voiture ou faire du stop pour s’y rendre. Du coup, j’ai été viré parce que je suis resté plusieurs lundis de suite sur le site de la teuf encore défoncé de la veille. Sur place, je me suis également fait jeter par deux trois logeurs qui ne supportaient pas trop les 6h de trance consécutives.

Suite à ce renvoi, j’ai donné des coups de main dans l’exploitation de mon oncle près de Salon de Provence dans les Bouches du Rhône, tout en vivant dans une caravane non loin de là. Pendant un an, j’ai continué ponctuellement  à installer des murs de 5 à 10 kilos dans des sites illégaux du coin, tout en mixant régulièrement.

DP : Tu en parles avec une grande nostalgie !

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Ma vie, ma bataille !

Cédric : C’était vraiment une bonne époque de gamins. Personne n’avait d’argent, on se retrouvait dans ma caravane, et on posait du son toute la journée. Le week-end, on allait soit le faire dans les collines, soit dans une teuf. Pour subvenir à nos besoins, il ne nous fallait pas grand choseComme beaucoup, pour gagner quelques sous mais surtout pour payer la défonce du week-end, on achetait du speed en moyenne quantité et on le revendait sur place. Dans le milieu de la teuf, c’est beaucoup de mecs en camion et la débrouille fait partie intégrante du système. C’est la même chose quand tu es berger, tu n’as pas d’eau courante et pas d’électricité…

DP : Un peu comme au Monopoly, tu es passé par la case prison..

Cédric : Ce n’est pas ça qui m’a conduit en prison en 2010. Après avoir « emprunté » une voiture pour me rendre à une free party, je me suis fait contrôler par la police avec le véhicule déclaré volé. Par chance, j’évite la prison, mais je ne me présente pas à un des rendez-vous obligatoires avec la juge, et mon sursis se transforme en peine ferme…

DP : Raconte un peu ton séjour à l’ombre !

Cédric : J’étais vraiment mal comme tu peux l’imaginer. Je suis loin d’avoir une gueule et une attitude de mâle alpha. Avec toutes les conneries qui passent à la télé, forcément tu te poses des questions. Mais j’ai eu de la chance d’être incarcéré à Salon. De plus, mon codétenu était un mec de mon quartier, je le connaissais donc un peu. Il voulait terminer sa peine tranquillement pour arrêter les allers-retours, donc il me laissait tranquille. Les quatre mois se sont finalement très bien déroulés.

Fiesta

Ambiance scandale, danse de vandales !

Pour un berger l’enfermement est quelque chose d’horrible, si je fais ce métier, c’est en partie pour être dans la nature où je me sens bien. Je n’aurais jamais pensé aller en prison. On s’imagine toujours que ce qu’on fait n’est pas bien grave, et qu’il y a toujours pire. Mais quand tu te retrouves enfermé, tu en veux à la terre entière et tu remets pas mal de choses en cause ; notamment tes amitiés avec les gens du milieu de la free party. Pendant ma peine, très peu m’ont écrit et encore moins sont venus me voir. J’avais donc décidé de couper le contact avec eux.

Durant cette douloureuse période, j’ai pu néanmoins me remettre en question et rester loin des drogues.

DP : Et la suite ? La rédemption ?

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En rang deux par deux !

Cédric : J’ai  trouvé un job de berger dans le sud, près de Fos-sur-Mer. Pendant quelques mois, j’ai continué à mixer seul dans ma caravane alimentée par un simple groupe électrogène, mais c’était minimaliste.

Dans la plaine où je bossais se trouvaient aussi plusieurs sites réguliers de free party. Après plusieurs mois à entendre les basses au loin sans broncher, j’ai craqué et j’y suis retourné comme en 40 ; un véritable retour aux sources. En fin de journée, je rentrai les bêtes puis je partai en teuf, où je mixais une heure ou deux. Je restais jusqu’à 7h du matin avec une bonne nuit blanche des familles pour commencer la journée de travail.

DP : As-tu réussi à gérer ton emploi du temps tout en supprimant les écarts ?

Cédric : J’ai enfin réussi à concilier les deux. C’était de toute façon le seul moyen pour moi de continuer à mixer. Le milieu de la free party est difficile, et rares sont ceux qui peuvent en vivre, car logistiquement,  cela nécessite une équipe bien rodée. Et avec toutes les carottes que j’ai subies,  j’ai un peu lâché l’idée de monter un sound system.

DP : Comment la communauté bergère te percevait-elle ?

Cédric : Dans le monde des bergers, un Dj techno n’est pas bien vu. Au début des employeurs ont même fouillé mon logement en essayant de trouver de la drogue parce qu’ils étaient persuadés que j’en avais en énorme quantité. Je ne parle même pas des réflexions du genre « drogué, voyou… » Mais au final, c’est un métier où la valeur principale est le travail. A partir du moment où il était fait correctement, les relations se sont normalisées.

DP : Finalement, la bergerie n’est-elle pas un milieu un peu fermé qu’on se transmet de génération en génération ?

Cédric : Pas forcément. De plus en plus de personnes ne venant pas du milieu veulent le rejoindre. Bon, il y a des hipsters parisiens en mal « d’expérience avec la nature », et  je ne les supporte pas vraiment. Cependant, il y a de plus en plus de jeunes qui se tournent vers ce métier pour son rapport à la nature. J’en suis la preuve, un berger n’a plus besoin d’être coupé du monde !

Propos recueillis par Doctor Cash

Crédit photos : Doctor Cash

 

Doctor Cash

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