Affaire Gletty : « Les médias ont fait de ma mère un monstre »

Photo. Dr Lamagouille

Focus sur l’émission Enquête criminelle de M6, dédiée au dossier de l’affaire Gletty intitulé : « La secrétaire a-t-elle tué son patron ? »

Sophie* est la fille de Bettina Geoffray, reconnue coupable du meurtre de Philippe Gletty en février 2012. Elle s’exprime pour la première fois et revient sur son vécu durant l’affaire.

Dr Paper : Bonjour Sophie, peux-tu revenir sur ce mois de février 2012 ?

Sophie : Je me souviens que ma mère avait avoué son crime à mon père. Je n’étais pas dans la confidence. J’ai toutefois vu que quelque chose d’anormal arrivait car elle pleurait. Je lui ai demandé ce qu’il se passait, mais ma question est restée sans réponse. Le jour même, après m’avoir déposé au travail, elle est partie avec mon père pour avouer aux policiers. Je me souviens très bien leur avoir dit de ne pas rentrer trop tard ! Ensuite, mes grands-parents sont venus me chercher dans la journée et m’ont emmené au commissariat. Les officiers m’ont questionné pour savoir comment elle se comportait à la maison… Je savais que tout cela avait un lien avec la disparition de son patron. Mais je ne savais pas (à cet instant) qu’elle était passée aux aveux.

« On devenait paranoïaque »


D.P : L’affaire a ensuite été surmédiatisée. Comment as-tu vécu cela ?

Sophie : C’était insoutenable. Chaque jour, il y avait des journalistes devant chez moi et d’autres nous téléphonaient. Au début, c’était tout le temps, puis ça s’est progressivement atténué. L’histoire a bien duré pendant 5 ou 6 mois. On savait que Me Buffard (NDLR l’avocat de la défense) était réputé pour médiatiser ses affaires, mais on ne s’attendait pas à ce que ça prenne une telle proportion. Certains entraient même dans la propriété et se présentaient devant notre balcon pour avoir un témoignage.

Entre temps, je suis retournée au lycée. Les regards se tournaient constamment vers moi, je n’étais jamais tranquille. Chez moi, on devenait paranoïaque, les volets étaient toujours fermés et à l’école j’étais un animal de foire. Les journalistes venaient même devant l’établissement, mais j’ai toujours refusé de leur parler. Le pire a été durant le procès. On m’a demandé maintes fois de donner une interview. J’aurais dû porter une pancarte avec les inscriptions : « Je ne réponds pas à la presse ».

D.P : Qu’as-tu pensé du traitement médiatique de l’affaire ?

Sophie : Je trouve que les journalistes ont donné une image de monstre à ma mère. Je la connais et je sais qu’elle n’est ni « manipulatrice », ni capable de « tuer de sang-froid ». Je pense que les médias n’ont pas cherché à comprendre qui elle était vraiment, et qu’ils n’ont pas assez tenu compte du harcèlement qu’elle subissait au travail. Je ne suis pas la personne la plus objective pour parler de ça, mais il est clair que les choses ne sont pas si manichéennes.

C’est une histoire qui fait vendre. Elle regroupe sexe, argent et se termine en meurtre ; un vrai polar ! Ce qu’a fait ma mère est inexcusable. Elle a ôté la vie d’un être humain. Mais elle ne mérite pas d’être perçue comme un monstre.

« T’as entendu la femme qui a tué son patron ? Ben là c’est sa fille »

Sophie revient sur son calvaire

Sophie revient sur son calvaire. Crédit : Flash Miok’s


D.P : Quelles ont été les répercussions sur ta vie sociale ?

Sophie : Affreuses ! Avant l’affaire, je n’étais pas très populaire à l’école. J’avais un groupe d’amis avec qui je me sentais très proche. A partir de ce jour, les autres élèves faisaient des remarques comme : « t’as entendu l’histoire de la femme qui a tué son patron ? Ben là c’est sa fille ! » Les gens faisaient des amalgames aussi.

Cependant, je ne suis pas la seule à en avoir souffert. Toute ma famille aussi ! On était les proches de la coupable, du mauvais côté de la barrière ! On était les parias, on n’avait pas notre place. Les gens se faisaient une opinion faussée de nous. Je ne leur en veux pas, je sais qu’ils étaient influencés par ce qu’ils lisaient dans les journaux ou entendaient à la télévision. Je me souviens qu’avant l’affaire, nos voisins souhaitaient qu’on passe boire un verre chez eux. Du jour au lendemain, ils ne nous ont pas adressé la parole… des exemples comme ça, je pourrais en citer beaucoup.

« J’ai tourné la page »


D.P : A quoi pensais-tu à ce moment-là ?

Sophie : Je m’en voulais et culpabilisais. Je me suis demandé comment j’avais pu passer à côté de la détresse de ma mère. C’est ce qui l’a poussé à commettre un crime ! J’avais besoin de tranquillité pour y voir clair et relativiser. Je n’étais pas d’accord avec mon père qui répondait aux médias. Lui voulait extérioriser, moi, je n’avais absolument pas besoin de tout ce tapage.

D .P : Les relations ont été plus difficiles avec ton père ?

Sophie : Oui et non. En réalité, j’ai toujours été plus proche de ma mère. Avec mon père, nous  avons des caractères bien prononcés. Donc, il y avait souvent des clashs à la maison. Mais cette épreuve nous a aussi rapprochés, car on s’est soutenu et aidé. Habituellement, ma mère faisait tampon entre nous. Sans elle, le dialogue est devenu très difficile.

D.P : Aujourd’hui le calvaire est-il terminé ?

Sophie : J’ai réussi à tourner la page. Dans la famille, on accepte la sentence (18 ans de réclusion criminelle), aujourd’hui je vis avec mon copain et j’ai mon cercle d’amis. Je me sens mieux loin de tout ça… Je vais rendre visite à ma mère lorsque j’en ai l’occasion, mais ce n’est pas la porte à côté (Bretagne). Parfois, des rédactions m’appellent comme W9, M6 ou NT1. Je ne leur réponds pas ou je fais des canulars en me faisant passer pour une autre.

*Le prénom a été changé pour conserver l’anonymat.

Propos recueillis par Doctor Lamagouille

Crédit de une : FlashMiok’s

Doctor Lamagouille

Jeune JRI et journaliste écrit, et photoreporter. A la fois sérieux et déconneur... chercheur reconnu au CNRS de pépites musicales et cinématographiques. Lamagouille est un gros mangeur de pâtes, passionné de la vie sexuelle des lamas et réalise une collection de timbres datant d'avant 1859.

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