Dieu, la loi et Vincent Lambert

Cruelle victime de la route en 2008, Vincent Lambert est le plus célèbre tétraplégique de France. Piégé dans sa prison organique, l’homme fait l’objet d’un marasme judiciaire inquiétant dont le seul but est de définir s’il doit vivre ou mourir. Entre une famille très croyante opposée à l’euthanasie, des médecins favorables à la fin de vie du patient et un pouvoir judiciaire désordonné, l’homme souffre dans un silence froid et absurde. Retour sur un drame insupportable auquel les médias ont cessé peu à peu de s’intéresser, business oblige.

Homme au volant, arnaque au tournant

Vincent Lambert II

Vincent Lambert

L’affaire tourne autour de deux axes assez complexes : la religion et la loi. Pour les parents de Vincent, catholiques accomplis, l’euthanasie n’est ni plus, ni moins, qu’une hérésie. Selon l’Église, chacun est responsable de sa vie devant Dieu, qui la lui a donnée. Mais l’homme en garde la maîtrise et devra répondre de ses actes le jour J. Autrement dit, une action ou une omission ayant pour conséquence de donner la mort afin de supprimer la douleur constitue un meurtre d’un point de vue biblique. Hypothèse largement soutenue par le Vatican. Vous l’aurez donc compris, une partie de la famille souhaite ardemment que le suicide assisté n’ait jamais lieu. Une autre partie (l’épouse, un neveu et les médecins), se veut beaucoup plus pragmatique ou humaniste (au choix) : l’euthanasie est la seule solution viable pour mettre fin à un calvaire qui a manifestement trop duré. Mais une troisième partie subsiste, sans mauvais jeu de mot, Vincent lui-même. L’homme s’est clairement placé, par le passé, en faveur d’une euthanasie dans le cas d’un accident de cette ampleur. Malheureusement, le patient n’a exprimé cette volonté qu’oralement. Or en droit français, l’écrit prime toujours sur un simple souhait tacite…

Quand la société perd la raison

Le tribunal administratif avait précédemment conclu, dans cette affaire, l’applicabilité de la loi Léonetti. Ce texte interdit l’obstination déraisonnable du corps médical sur le patient lorsque tout cela est vain. La décision de stopper un tel traitement peut être prise collégialement par la famille. En cas de désaccord, c’est la volonté de la victime qui fait foi. Volonté qui ne découle d’aucune preuve écrite donc. Le pouvoir judiciaire est ainsi seul décideur en l’espèce. Ni les médecins, ni la famille, ni la victime ne sont en mesure de prendre cette décision. Une aberration pure et simple. Et une infâme régression dans une société se voulant progressiste, libre, égale et fraternelle. Cette ingérence est d’ailleurs vivement condamnée par les médecins.

Aidez-le et le Ciel l’aidera

Le Conseil d’État s’est prononcé, en juin, en faveur de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielle qui maintiennent Vincent en vie. La décision a été suspendue, depuis janvier, par la CEDH suite à un appel des parents. Cette juridiction peut prendre plusieurs semaines avant de trancher sur la question*. C’est tout simplement, le Final Countdown, la dernière ligne droite ou un labyrinthe sinueux, glauque et quasi intemporel qui attend ce martyr des temps modernes. Ce qui est perturbant, c’est de voir la faible médiatisation du cas du pauvre Vincent. Pourquoi a-t-il sombré dans l’oubli ? N’est-il plus assez bancable ?

* La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a finalement validé vendredi 5 juin 2015 l’arrêt des soins pour Vincent Lambert, estimant que sa mise en œuvre ne violerait pas le droit à la vie du patient.

Un cas semblable : Ramon Sampedro

Mar Adentro

Ramon Sampedro (Javier Bardem)

Cette tragédie rappelle le drame vécu par Ramon Sampedro. Un calvaire habilement adapté à l’écran par Alejandro Amenabar dans le film Mar Adentro (Au large). À la suite d’un accident dont il a été victime très jeune, Ramon (Javier Bardem), resta prostré dans un lit près de trente ans. Depuis la fenêtre de sa chambre, il rêvait de la mer toute proche qui lui a tant donné et finalement tout pris. L’homme a longuement revendiqué le droit à l’euthanasie, mais le problème resta insoluble encore une fois entre motivations religieuses, familiales et étatiques divergentes. Le dénouement fut d’un tout autre ordre. S’il vous vient l’envie de regarder cette œuvre magnifique, vous ne pourrez pas reprocher au doc’ d’avoir spoilé…

Doctor Paper

Crédit : huffingtonpost

Doctor Paper

Enchanté ! Mathieu Portogallo, alias Doctor Paper, pour vous faire lire ! J'ai toujours eu beaucoup de mal avec la bien-pensance, une donnée trop présente dans l’actu 2.0. J'écris donc avec un peu plus d’objectivité et de punch que ce qui fourmille sur la Toile. Voici mon contact : mathieu.portogallo@gmail.com

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