Kelly watches the stars #Episode 2 : London Calling

Kelly est jeune et mélancolique. Elle nous raconte son histoire plutôt cocasse. Tout cela en plusieurs épisodes !

Arrivé à Londres

Kelly traverse la Manche

Après une énième déception sentimentale, je ressens le besoin de m’exporter outre-Manche, le London Calling comme certains l’appellent. L’aventure commence sur les chapeaux de roue : avec 30 kilos de valises, un sens de la désorientation et une arrivée en fanfare dans un appartement occupé par 5 doctorants roumains et leurs copines du moment… Je mets enfin pied dans ma piaule et m’écroule de sommeil. A mon réveil, je fais plus ample connaissance avec mes acolytes. Ces derniers développent des appli’ sur smartphone. Pour ma part, développer ma sociabilité en terres britishes serait déjà très acceptable.

Dinosaure triste

Je touche le fond !

Quelques jours plus tard, l’un d’eux me propose une sortie en groupe au musée des sciences. Malgré des efforts certains pour discuter, aucun ne montre once d’intérêt, quel désastre ! La dernière flèche ne se fait pas attendre. Ils prétextent vouloir assister à une projection sur la disparition des dinosaures, et me font comprendre qu’ils sont les heureux détenteurs des dernières places… Il est possible que je répète un schéma de loose génétique.

Il doit y avoir une explication scientifique. Bourdon et Bourdieu auraient-ils menti sur les déterminismes sociaux ? Quand je repense à ma sœur ou mes parents, il n’y a pas trace de tant de divines persécutions. Je termine donc la visite seule et perplexe. Je n’ai d’ailleurs plus jamais eu d’échange avec eux.

Il fallait également décrocher un job. Le premier entretien ne s’est pas fait attendre. Le mail précisait sommairement : activité lucrative à débattre sur place avec la mention « pas de talons hauts ». Curieux ! Le patron de l’activité, un peu rondouillet, annonce vite la couleur. Il me parle de vente d’abonnement streaming aux particuliers, un beau traquenard ! Le principe est simple : sonner chaque jour à 150 portes, dire bonjour à 100 personnes, réussir le « pitch » auprès de 25 et en convaincre au moins 5. Trois métros et deux bus plus tard, je me retrouve dans la zone 3 de Londres avec un iPad en main. L’aventure Lovefilm commence.

Il va falloir s'y mettre là

Il va falloir s’y mettre là !

Oui, il s’agit bien du nom de l’entreprise. C’est un peu comme parcourir le désert avec un litre de flotte… Toutefois dans la boîte, tout marche à l’intox, n’importe qui peut évoluer très vite et gagner jusqu’à 3000 pounds par semaine. Après entre la théorie et la pratique, il y a un gouffre que je ne franchirai pas. Avec un nom pareil et mon accent d’étrangère, les gens croient que je fais la promo de sites pornos. Il y en a même un qui souhaite accéder à la rubrique films pour adultes. Mon discours fait mouche, finalement, auprès d’un pigeon de circonstance. Comble du désespoir, je lâche mon iPad et ce dernier se brise au moment de saisir les données bancaires. Stupeur et tremblements ! J’appelle à la rescousse mon team leader qui finalise MA transaction. Dans son immense bonté, César salue ma prestation et m’accorde la moitié de la commission (quel salaud! Il m’a juste prêté son iPad !) J’ai toujours cru que le métier de serveuse était ingrat, pour l’avoir pratiqué pendant des années, mais tout cela dépassait l’entendement. J’ai été coursée par des chiens de garde, menacée par les flics, draguée par des Indiens bourrés et la cible de volatiles souffrant d’indigestion. Trop c’est trop !

Aide toi et le Ciel t'aidera

Aide toi et le Ciel t’aidera

Mon dernier jour fut le pire moralement. Il pleuvait et faisait froid dans ce quartier sinistre de la capitale. Après un nombre incalculable de portes claquées, je me retrouve face à cette petite maison, visiblement mal entretenue. Mais quota oblige, je sonne, prête à m’en aller sans même demander mon reste. A travers la fenêtre poussiéreuse, j’aperçois une faible lueur. Un homme âgé apparaît devant moi. Il n’a pas l’air très vigoureux et son visage m’inspire relativement confiance. Grâce à mon incroyable pouvoir de persuasion, l’homme me propose de discuter au chaud, à l’intérieur. Mais quelle mouche me pique ? Les vieux n’ont, la plupart du temps, pas Internet ! Bien que méfiante, j’accepte, ne sentant plus mes doigts et mes orteils oubliés sur un banc miteux, trois rues plus loin. Commence alors la scène la plus effrayante de ma jeune existence.

La peinture des murs est défraîchie et de couleur marécageuse, le plancher craque inlassablement, menaçant de s’écrouler à chacun de mes pas. L’odeur de moisi règne comme Attila sur les Huns et ce long couloir s’apparente à la dernière marche du condamné. Le papi me conduit dans une chambre modeste, agrémentée d’un sommier en bois miteux sur lequel repose un matelas orné de ressorts en fer. Après un rapide scanner, je prends également note de légères tâches rouges sur la couchette. Puis, mon regard prend de l’altitude et se focalise sur une hache fixée au mur. Elle me dévisage, poussiéreuse, prête à en découdre. Allais-je entrer dans la postérité comme l’actrice de Requiem for a nightmare ?

Papy a des collocs

Je crois qu’il ne faisait pas parti du récit

« L’Antre de la Torture » ne m’inspire guère et je trouve une excuse de circonstance, la punch line qui doit faire mouche : « J’ai oublié mon parapluie au mac do ». Mais the old man ferme la porte, qui accessoirement, n’a pas de poignée. Il tapote alors sur le matelas pour que je vienne près de lui. J’étais pétrifiée et lessivée. Cette pauvre Sainte Blandine avait bien résisté aux lions, alors avec un petit miracle, je survivrai bien à ce vieillard des catacombes. C’est plutôt mal parti, il me regarde fixement avec de petits yeux noirs reflétant les flammes de Lucifer. Je me sens hors de l’espace-temps.

A quelle sauce allais-je être mangée ? En civet, sauce citron? En rôti avec des haricots verts ? Allait-il m’arracher les yeux ?

Je pousse un cri de terreur espérant qu’un voisin me sorte de ce guêpier, tel Bruce Willis dans 58 minutes pour vivre. Le démon me dévisage l’air penaud : « Mais je n’ai pas Internet, je ne comprends pas ce que vous dites. » Il s’approche de moi. Je sens le souffle de son haleine fétide sur ma nuque : « Mais vous n’êtes pas Amy, l’infirmière ? ». Je me suis demandée à cet instant, si je n’étais pas dans un film de série Z ! Quel soulagement ! Il ouvre alors la porte, s’excuse de ce malentendu, me tend un gâteau que je refuse poliment. Le soir venu, je donnais ma démission. J’étais la chômeuse la plus heureuse du monde !

Doctor Paper

Sur le même thème : Episode 3

Doctor Paper

Enchanté ! Mathieu Portogallo, alias Doctor Paper, pour vous faire lire ! J'ai toujours eu beaucoup de mal avec la bien-pensance, une donnée trop présente dans l’actu 2.0. J'écris donc avec un peu plus d’objectivité et de punch que ce qui fourmille sur la Toile. Voici mon contact : mathieu.portogallo@gmail.com

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