Kelly watches the stars #Episode 3 : London Hating

Kelly est jeune et mélancolique. Elle nous raconte son histoire plutôt cocasse. Tout cela en plusieurs épisodes !

La transition lovefilm ne fut pas de tout repos, mais mon aventure londonienne était loin d’être finie ! Et je n’ai pas eu à attendre longtemps. En prenant le métro, j’aperçois un brun ténébreux, le regard vif. On aurait dit un aigle prêt à bondir sur sa proie. Il me dévore des yeux et je le scanne de haut en bas : beau regard, sportif, gros sourcils, grand, visage fin : un bon 4/5. Je descends de la rame et le coquin m’aborde avec assurance : « Hey, you is zo beautiful ». Des larmes de sang se mettent à couler le long de mon visage circonspect. Son niveau d’anglais dépasse les frontières du réel, mais je poursuis la conversation. D’ailleurs, je comprends un mot sur deux avec son accent grec à couper au couteau.

Grec ténébreux

Il n’était pas habillé comme ça, mais la ressemblance est frappante !

Il me propose finalement un verre dans un kebab (oui, j’accepte, ma place au Panthéon est d’ores et déjà réservée). Après mastication, le jeune homme ouvre les hostilités et avoue avoir un faible pour moi. Ma seule réponse fut : « Mais quel est ton prénom ? ». Et les mots sortirent de sa bouche en slow-motion  : « Blero ». What the fuck, je suis en train de manger un kebab avec un mec nommé Blero ! Doux Jésus, pourquoi moi, suis-je l’Élue ? Ne soyons pas chauvins, ce prénom est sûrement très répandu dans ce pays.

Fille perplexe

Dialogue de sourds…

Nous nous revoyons le lendemain. Le RDV est fixé dans une rue très « in » de Londres et il m’emmène dans un grenier réaménagé, mi-hipster mi-rubbish, un savoureux mélange, vous en conviendrez. A première vue, j’ai plus l’impression que c’est un local pour acheter de la drogue et rencontrer des prostituées. Le premier baiser ne se fait pourtant pas attendre, malgré son haleine caverneuse. La discussion reste, elle, toujours aussi vide que mon portefeuille. Le gouffre est tellement abyssal, que je propose que nous échangions avec nos téléphones via Reverso. Je ne sais pas si cette scène est unique dans l’histoire mais elle risque de la marquer sérieusement de son empreinte. Je détecte dans son charabia gréco-anglais le mot « chlove », j’assimile alors que Blero est amoureux. Et un Blero « in love » est un Blero collant, prêt à tout pour me suivre à la trace et à s’inviter chez moi à l’improviste.

Derby Grec

Quand l’homme devient autre !

Dans un raisonnement digne de Pythagore, je conclus que 5 doctorants roumains (mes colocs’) et un Blero, ça ne peut pas créer d’alchimie. Frustré, il se met donc à accaparer le banc faisant face à l’immeuble. Il m’escorte même lorsque j’achète des clopes, « un marquage à la culotte » comme dirait mon meilleur ami. La goutte d’eau qui ferait déborder le Gallikos (fleuve grec) approche inexorablement. Le lendemain, touchée par la grâce, je lui laisse une seconde chance. Il veut me présenter à des amis, grecs eux aussi. Mais aucun ne fait l’effort de parler dans la langue de Shakespeare. La soirée bat son plein. Le concept Chips-FIFA à la française, je connaissais, mais la version hellénique défie carrément les cieux, avec un seul match au menu, le derby d’Athènes, saupoudré de cris de bêtes et d’un taux de testostérone à faire pâlir le taureau ailé. Et accessoirement à faire tressaillir la pauvre Kelly, Sainte parmi les Saintes, payant le lourd tribut de dix années d’histoires rocambolesques. Il est d’ailleurs minuit, l’heure du crime, l’occasion idéale de mettre les voiles comme Christophe Collomb, à la recherche de la terre promise, comprenez mon lit.

blaireau

Blero sort les griffes !

Bizarrement, Blero, obnubilé par le match, me laisse quitter les lieux sans broncher. Nous nous revoyons rapidement dans un bar vers Piccadilly. Il m’offre un café au lait que je ne digère pas. Et explose littéralement, tel un kamikaze afghan, lorsque que je lui avoue que je ne pourrais pas terminer la dégustation, barbouillée. « Le café est payé, tu finis » rétorque-t-il d’un ton vindicatif. Je suffoque, et lui retourne une mandale de premier ordre. Sa joue vacille et son regard trouve une noirceur inquiétante. « Fucking Bitch ! » lâcha-t-il… Sa première phrase en anglais sans la moindre faute… Mais il fallait au moins ça pour boucler ce chapitre qui me poursuivra inlassablement comme une Némésis.

Doctor Paper

Crédit : Rubylane

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Doctor Paper

Enchanté ! Mathieu Portogallo, alias Doctor Paper, pour vous faire lire ! J'ai toujours eu beaucoup de mal avec la bien-pensance, une donnée trop présente dans l’actu 2.0. J'écris donc avec un peu plus d’objectivité et de punch que ce qui fourmille sur la Toile. Voici mon contact : mathieu.portogallo@gmail.com

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