Le Lama, un maillon essentiel dans l’enseignement bouddhiste

Lama Denyi

Le Lama Denyi

Épisode 1 de la série sur le Bouddisme

L’institut Karma Ling créé en 1979, se situe dans la chartreuse de Saint Hugon à Arvillard en Haute Savoie. Il s’agit de l’un des nombreux centres de retraite et centres de Dharma, œuvrant à la diffusion de l’enseignement du Bouddha. Le Lama Denyi occupe une place importante au sein de cette communauté. Son statut lui confère un rôle de conseil et d’accompagnement. Denyi revient dans cette interview sur son rôle, son expérience et précise les contours du futur de l’enseignement du Bouddhisme.

Que représente philosophiquement le Lama ?

Un Lama est engagé pleinement dans la communauté. « La » veut dire père ou supérieur et « ma » signifie mère. Le Lama a le souci de prendre soin des personnes et d’incarner cette paternité et maternité intérieurement et extérieurement. Il a une responsabilité d’enseignement, d’activité ou d’accompagnement. C’est avant tout un rôle pédagogique, un référent pour la communauté, un exemple. Il incarne la voie du Bouddha et les deux aspects de ce cheminement, la sagesse et la compréhension. Les questions fondamentales traitées au quotidien symbolisent la compréhension des choses de l’univers (la Prajna) et la manière d’aborder l’amour ou la compassion (le Karuna).

Comment devient-on Lama ?

Pour devenir Lama, il faut avoir fait la retraite de 3 ans. C’est un point essentiel du cursus. On acquiert alors le rang de « Droupla ». Le statut s’acquiert avec le temps et l’expérience. Il n’y a pas de cérémonie formelle ou informelle, c’est le Lama Rinpotché (Le Lama des Lamas) qui vous confère cette position. Mais à la base l’ancienneté et la pratique de la méditation sous ces différentes formes permettent de gagner le respect de l’ensemble de la communauté. On devient un référent, un exemple comme je l’ai dit précédemment.

Que vous apporte le Bouddhisme ?

On parle plutôt de Dharma, l’enseignement du Bouddha. Le Dharma me pousse vers cette recherche du sens de la vie et de la mort. J’ai pu trouver les réponses à ces questions. Ces dernières ne découlent pas de l’intellect mais de la pratique. On évolue, c’est un chemin de transformation que l’on suit continuellement. J’ai l’impression d’être plus stable et d’évoluer de façon constante. Je note une plus grande maîtrise dans mon corps et dans mon esprit

Pouvez-vous nous parler de votre expérience en Inde ?

J’ai eu l’opportunité de rejoindre l’Inde, le berceau du Bouddhisme, afin de suivre des enseignements dans un monastère Tibétain. J’ai pu plonger à la source de notre enseignement. Tout était particulier, impressionnant : la coutume, l’art, les bâtiments, l’architecture. C’était vraiment une expérience formidable, qui sera réitérée dans le futur.

Que vous inspire le comportement de la Chine vis-à-vis des tibétains ?

C’est terrible, un véritable drame. L’oppression est de plus en plus vive et le peuple tibétain ne peut le tolérer et renier ses traditions. Beaucoup de moines s’immolent par le feu pour dénoncer ce traitement. La répression est à la fois physique et idéologique. Le mot Dalaï-lama est par exemple proscrit en Chine. Les Chinois n’ont pas pris la mesure des proportions que cette situation a prise.

Comment évoluera l’enseignement dans le futur ?

Le Dharma s’adapte peu à peu à la France. Nous sommes Français et le contexte culturel est différent. Nous n’avons pas les mêmes racines mais nous souhaitons que l’enseignement soit opérant tout en ayant ce pouvoir de transformation. Il a fallu traduire les textes, un vecteur d’adaptation indispensable. Pour être au plus près de la religion, nous avons dû étudier le tibétain. Le chantier était et reste considérable. Tout est encore à faire, il faut créer des centres, former les enseignants, trouver les mots justes pour mettre en place des programmes progressifs. Actuellement l’enseignement se développe partout, dans les hôpitaux et même au sein des prisons. On utilise l’aspect universel du Bouddha dans un contexte religieux qui évolue vers la laïcité. Les gens s’écartent peu à peu des religions mais ont toujours une grande soif de spiritualité. Le Dharma devient alors une éthique de vie, une philosophie et une sociologie.

Propos recueillis par Doctor Paper

Crédit : Karma Ling

Doctor Paper

Enchanté ! Mathieu Portogallo, alias Doctor Paper, pour vous faire lire ! J'ai toujours eu beaucoup de mal avec la bien-pensance, une donnée trop présente dans l’actu 2.0. J'écris donc avec un peu plus d’objectivité et de punch que ce qui fourmille sur la Toile. Voici mon contact : mathieu.portogallo@gmail.com

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